Le chantre aux voiles de silence
Dans les corridors du soir descendait un veilleur sans visage, Vêtu d’ombre et de cendre comme un vestige égaré parmi les siècles. Son pas glissait sur les pavés avec la lenteur des pluies anciennes, Et les lanternes saignaient sous lui une clarté de cuivre mourant. Nul ne savait son nom. Les chiens eux-mêmes suspendaient leur plainte à son passage. Il portait dans ses yeux des chemins noyés d’éclipses, Des royaumes ensevelis sous la mémoire des pierres. Aux murailles lépreuses il confiait des signes obscurs Que la nuit seule venait relire avec ses doigts d’encre. Son souffle passait dans les ruelles Comme un vent chargé de cloches lointaines et de feuilles mortes ; Et son âme élevait dans le brouillard D’immenses arches de parole où vacillaient des constellations secrètes. On disait qu’il était né d’un murmure oublié sous les cathédrales, D’une syllabe abandonnée dans la bouche des tombeaux. Les portes antiques s’entrouvraient devant lui Avec le gémissement profond des siècles r...